Le rythme pour améliorer la motricité des membres supérieurs

9 avril 2020 – Pauline Couta

La rythmicité du mouvement facilite sa répétition.
Élément clé d’une rééducation réussie !

Au delà des recherches présentant l’efficacité du rythme dans le travail de la marche chez les patients présentant des symptômes parkinsoniens, celui-ci peut aussi avoir des effets bénéfiques sur la motricité des membres supérieurs.

En tant qu’élément principal de l’organisation et de la structuration temporelle en musique, l’ecoute d’un rythme a le potentiel d’améliorer le contrôle moteur. La musique communique au cerveau des informations sensorielles temporelles qui peuvent avoir des effets profonds sur le rétablissement des fonctions motrices. Elle active de multiples réseaux neuronaux, responsables des fonctions motrices.

Depuis les années 1990, de nombreux projets de recherche se sont appliqués à comprendre l’effet de la musique et du rythme sur les fonctions motrices. Ce phénomène s’expliquerait par la propriété du rythme à créer des intervalles de référence internes stables, permettant d’initier et de réguler les mouvements.

Plusieurs recherches (Hasan et Thaut, 1999 (1); Stephan et al., 2002 (2); Thaut et Kenyon, 2003 (3); Thaut et al., 1998a (4), 1998b (4)) ont permis d’étudier notamment la synchronisation du tapotement des doigts sur des tempos fluctuants. Les résultats ont montré la capacité du cerveau à adapter rapidement les mouvements au rythme, même lors de changements de tempo peu perceptibles.

En 2002 Thaut et al. se sont intéressés à l’effet du rythme sur les mouvements d’extension des bras. Ces répétitions de mouvement, associés à un rythme, ont provoqué une augmentation significative de l’amplitude des mouvements du coude, ainsi qu’une régulation significative de l’accélération et de la vitesse des mouvements du poignet.

Schneider et collaborateurs (2007) ainsi qu’Altenmüller et son équipe (2009) ont étudié les avantages d’une formation musicale faisant appel à la pratique, dans le cadre d’un programme de réadaptation post-AVC. Après trois semaines d’application du protocole, les patients ont montré une amélioration de la motricité fine globale sur les paramètres de vitesse, de précision et de fluidité des mouvements des bras. En contrepartie, aucune différence significative n’a été observée dans le groupe témoin ayant suivi un programme de rééducation classique.

La musique serait capable de structurer et réguler les mouvements dans le temps. Jouer d’un instrument, permet au patient de planifier, anticiper et exécuter ses mouvements de manière plus efficace. Le son obtenu en jouant d’un instrument, crée un retour d’information significatif permettant d’appréhender le résultat.

La synchronisation du son produit par l’instrument avec le signal rythmique externe régulier génère quant à elle une boucle de retour/anticipation de l’information, facilitant l’exécution efficace d’exercices de mouvements fonctionnels en réadaptation motrice. Il s’avère que la rythmicité du mouvement facilite sa répétition. Élément clé d’une rééducation réussie !

 
Sources : 

(1) Hasan, M.A. and Thaut, M.H. (1999). Autoregressive moving average modeling for finger tapping with an external stimulus. Perceptual and Motor Skills, 88(suppl.3), 1331-46.

(2) Stephan, K.M. et al. (2002). Conscious and subconscious sensorimotor synchronization-prefrontal cortex and the influence of awareness. NeuroImage, 15(2), 345-52.

(3) Thaut, M.H. and Kenyon, G.P. (2003). Fast motor adaptations to subliminal frequency shifts in auditory rhythm during syncopated sensorimotor synchronization. Human Movement Science, 22(3), 321-38.

(4) Thaut, M.H., Miller, R.A., and Schauer, M.L. (1998a). Multiple synchronization strategies in rhythmic sensorimotor tasks : period vs phase correction. Biological Cybernetics, 79(3), 241-50.

(5)Thaut, M.H., Hurt, C.P., Dragon, D., and McIntosh, G.C. (1998b). Rhythmic entrainment of gait patterns in children with cerebral palsy. Developmental Medicine and Child Neurology, 40(78), 15.

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