L'écoute et la pratique de la musique améliorent l'état émotionnel.

11 juin 2020 – Charlotte Leflaëc

Au quotidien, la musique accompagne souvent nos états émotionnels et nos comportements. Nous écoutons une musique dynamique pour faire du sport, une musique joyeuse pour fêter un anniversaire ou une musique triste lors d’une rupture.

De nombreuses études ont cherché à théoriser ces observations, en se penchant sur le rôle de l’écoute de la musique sur la régulation de l’humeur. En 1994, Thayer et al. ont par exemple mis en évidence que l’écoute de la musique était une stratégie de régulation efficace pour changer la mauvaise humeur mais aussi augmenter l’énergie et diminuer les tensions. Sloboda et O’Neill, en 2001, ont proposé qu’elle peut servir d’autothérapie. En 2004, Pelletier a rapporté des effets bénéfiques sur la réduction du stress. La même année, Kenny et Faunce ont observé une amélioration de l’humeur et de l’adaptation.

Toutes ces recherches ont bénéficié au domaine clinique. En 2016, Innes et al. ont étudié l’influence d’interventions telles que l’écoute de la musique chez des personnes rapportant un déclin cognitif subjectif. Ce dernier est associé à un risque élevé de déclin cognitif mais aussi de démence, d’une augmentation de troubles neuropsychiatriques et une diminution de la qualité de vie. Ces personnes souffrent souvent de troubles du sommeil, de dépression et d’anxiété, ce qui peut encore accélérer le déclin cognitif. Au terme de 12 semaines d’écoute quotidienne durant 12 minutes de musique (Mozart, Bach, Vivaldi, Beethoven, Pachelbel et Debussy), par des patients présentant un déclin cognitif subjectif, puis 26 semaines succédant aux 12 semaines, les auteurs ont observé que l’écoute de la musique avait favorisé des améliorations significatives et durables du stress perçu, de l’humeur, du bien-être, du sommeil et de la qualité de vie chez les adultes atteints d’un déclin cognitif subjectif.

Par ailleurs, la pratique musicale présente, elle aussi, un intérêt spécifique en clinique. C’est ce que Narme et al. (2012) ont montré en proposant un atelier musical ou non-musical (peinture ou cuisine) à des patients atteint de la maladie d’Alzheimer à un stade modérément sévère à sévère. Ils ont observé que tous les ateliers proposés amélioraient l’état émotionnel des patients à court terme mais que ce bénéfice était plus important et durable pour la majorité des patients ayant suivi l’atelier musical. « Contrairement aux autres activités, l’amélioration de l’état émotionnel persistait après l’arrêt de l’intervention musicale. »


Références :

Innes, K. E., Selfe, T. K., Khalsa, D. S., & Kandati, S. (2016). Effects of meditation versus music listening on perceived stress, mood, sleep, and quality of life in adults with early memory loss: a pilot randomized controlled trial. Journal of Alzheimer’s Disease52(4), 1277-1298.

Kenny, D. T., & Faunce, G. (2004). The impact of group singing on mood, coping and perceived pain in chronic pain patients attending a multidisciplinary pain clinic. Journal of Music Therapy, 16(3), 241-58.

Narme, P., Tonini, A., Khatir, F., Schiaratura, L., Clément, S., & Samson, S. (2012). Thérapies non médicamenteuses dans la maladie d’Alzheimer: comparaison d’ateliers musicaux et non musicaux. Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement10(2), 215-224.

Pelletier, C. L. (2004). The effect of music on decreasing arousal due to stress: A meta-analysis. Journal of Music Therapy, 16(3), 192-214.

Sloboda, J. A. & O’Neill, S. A. (2001). Emotions in everyday listening to music. In P.N. Juslin & J. A. Sloboda (eds), Music and Emotion: Theory and Research (pp, 71-104). New York: Oxford University Press.

Thayer, R. E., Newman, J. R., & McClain, T. M. (1994). Self-regulation of mood: strategies for changing a bad mood, raising energy, and reducing tension. Journal of Personality and Social Psychology, 67(5), 910-25.

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