Pratique musicale : des bénéfices pour les fonctions exécutives

5 novembre 2019 – Gilles Marivier
Mise à jour – 25 juin 2020 – Charlotte Leflaëc

Les fonctions exécutives servent à la réalisation de situations nouvelles, qui ne sont pas routinières. Par exemple, si un évènement inattendu interrompt un individu de faire ses lacets, de boire un verre d’eau ou de faire du vélo, il fera appel à ses fonctions exécutives pour terminer son action. Elles incluent l’inhibition, la résolution de problèmes, la vitesse de traitement, le maintien d’informations dans la mémoire de travail, la flexibilité cognitive et la fluidité verbale. 

Le lien entre pratique musicale et amélioration des fonctions exécutives a été observé par Catherine Wan et Gottfried Schlaug en 2010. Après 15 mois d’entraînement musical, des phénomènes de plasticité cérébrale ont été observés chez des enfants non-musiciens, ainsi que des progrès dans des tâches de « tapping ». Fauvel et al. (2012) résument cette étude en indiquant qu’apprendre la musique « améliore la dextérité de la main non dominante », ceci amenant des modifications en termes de plasticité cérébrale, et notamment au sein des aires somesthésiques. Ce phénomène semble bien lié à l’entraînement musical, et non à des prédispositions génétiques. 

Plus récemment, une étude de Zuk et al. (2014) a également cherché l’influence de la pratique musicale sur les fonctions exécutives. Deux expériences menées sur des adultes et des enfants, musiciens ou non musiciens, ont montré que la formation musicale pouvait favoriser le développement et le maintien de certaines fonctions exécutives (flexibilité cognitive, mémoire de travail et fluidité verbale pour les musiciens adultes ; fluidité verbale et vitesse de traitement pour les musiciens enfants), ce qui pourrait alors servir à améliorer les compétences cognitives et la réussite scolaire. 

En 2016, Clayton et al. se sont penché sur le célèbre effet cocktail party, qui caractérise la capacité à diriger son attention vers un stimulus auditif particulier parmi une ambiance bruyante. En pratique, cet effet explique comment un individu réussit à suivre une conversation avec un autre individu lors d’une fête bruyante par exemple. Les résultats de cette étude ont révélé que pour résoudre ce problème, il existait une relation entre les compétences musicales et les facteurs cognitifs, y compris l’attention sélective et la mémoire de travail. 

Plus précisément dans les compétences en mémoire, trois méta-analyses (Talamini et al., 2017) semblent montrer que les musiciens réussissent mieux que les non-musiciens dans les tâches de mémoire. Les auteurs ont observé une petite taille d’effet pour la mémoire à long terme et une taille d’effet moyenne pour la mémoire à court terme et mémoire de travail. Pour aller plus loin, le type de stimulus présenté lors des expériences influençait la taille de l’effet : les musiciens présentaient un avantage important pour les stimuli tonaux, modéré pour les stimuli verbaux et faible ou nul pour les stimuli visuospatiaux. 

 
Références : 

Clayton, K. K., Swaminathan, J., Yazdanbakhsh, A., Zuk, J., Patel, A. D., & Kidd Jr, G. (2016). Executive function, visual attention and the cocktail party problem in musicians and non-musicians. PloS one, 11(7). https://doi.org/10.1371/journal.pone.0157638. Disponible sur : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0157638 

Fauvel, B., Groussard, M., Desgranges, B., & Platel, H. (2012). Pratique musicale et plasticité cérébrale : l’expertise musicale permet-elle de se préserver du vieillissement neurocognitif ?. Revue de neuropsychologie, 4(2), 131-137. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-de-neuropsychologie-2012-2-page-131.htm. 

Talamini, F., Altoè, G., Carretti, B., & Grassi, M. (2017). Musicians have better memory than nonmusicians: A meta-analysis. PloS one, 12(10). https://doi.org/10.1371/journal.pone.0186773. Disponible sur : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0186773 

Wan, C. Y., & Schlaug, G. (2010). Music making as a tool for promoting brain plasticity across the life span. The Neuroscientist, 16(5), 566-577. Disponible sur : http://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1073858410377805. 

Zuk, J., Benjamin, C., Kenyon, A., & Gaab, N. (2014) Behavioral and Neural Correlates of Executive Functioning in Musicians and Non-Musicians. PLoS ONE 9(6): e99868. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0099868. Disponible sur : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0099868 

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