Musique et mémoire : la pratique musicale pour lutter contre les effets du vieillissement cérébral

25 avril 2020 – Pauline Couta

De nombreuses études montrent que la musique renforce la mémoire et les réserves cognitives, précieuses pour lutter contre les effets du vieillissement normal. Cela tient notamment au fait que la mémoire musicale est une fonction cognitive étonnamment résistante aux maladies du cerveau.

Emmanuel Bigand et son équipe ont mené une recherche sur une population de patients atteints de la maladie d’Alzheimer à un stade avancé. Sur la base du sentiment de familiarité sur une échelle de un à six, ils ont montré que l’écoute d’extraits musicaux, au cours de séances répétées pendant huit jours, produit une augmentation du sentiment de familiarité entre la première et la dernière séance d’exposition. Cela est d’autant plus notable que deux mois et demi plus tard, les patients présentaient toujours ce sentiment de familiarité ! Le même protocole avait été établit pour le même type de patients, avec des poèmes, mais les résultats n’ont pas été concluants concernant le sentiment de familiarité. Ce qui montre bien que la mémoire musicale est particulièrement résistante contrairement à la mémoire verbale par exemple. (1)

En 2006, une étude menée par Irish et al., chez des patients en stade léger à modéré de la maladie d’Alzheimer, a montré une augmentation de la mémoire autobiographique et une baisse de l’anxiété dans une situation d’écoute musicale (2).

Au delà des effets bénéfiques de l’écoute musicale sur la mémoire, la pratique musicale montre des résultats très encourageants.

En 2010, une recherche menée par Hervé Platel et Mathilde Groussard, montre que la pratique musicale a un effet bénéfique sur la mémoire. En effet, ils ont observé chez les musiciens, une plus forte concentration de neurones dans l’hippocampe, régions des processus mnésiques.

« Ce résultat confirme que la pratique de la musique stimule les circuits neuronaux de la mémoire et suggère qu’elle permettrait de contrer efficacement les effets du vieillissement cérébral. Plusieurs études ont ainsi montré que les sujets âgés ayant une pratique musicale de quelques années ont moins de risque de développer une maladie neurodégénérative ». Hervé Platel

Une étude de Balbag et son équipe (3)  a montré que chez des jumeaux dont le code génétique est identique, quand l’un des deux est musicien (pratique musicale régulière) il est moins fréquemment touché par une maladie de type Alzheimer.

Groussard et al. (2010) (4) ont d’ailleurs montré que l’augmentation de densité de substance grise dans certaines régions du cerveau, lié à la pratique musicale, est corrélée avec le nombre d’années de pratique et non avec l’âge de début d’apprentissage de la musique. Il n’est donc jamais trop tard !

Se pose alors la question de la durabilité de ces phénomènes de neuroplasticité. Le fait d’avoir pratiqué la musique dans son enfance et d’avoir arrêté ensuite peut-il quand même avoir un effet bénéfique plusieurs années après ? L’équipe de Nina Kraus (Skoe et Kraus, 2012) a montré que les personnes ayant pratiqué la musique toute leur vie présentent une réponse neurale de bien meilleure qualité que les personnes n’ayant jamais pratiqué la musique. Les personnes ayant fait de la musique pendant leur enfance et ayant arrêté, présentent des résultats intermédiaires : leur cerveau, malgré l’arrêt de la musique, a gardé un gain dans le traitement fin des informations acoustiques !

Sources :

(1) Emmanuel Bigand et al. (2018). Les bienfaits de la musique sur le cerveau. En partenariat avec Cerveau & Psycho. Éditions Belin.

(2) Irish, M., Cunningham, C. J., Walsh, J. B., Coakley, D., Lawlor, B. A., Robertson, I. H., & Coen, R. F. (2006). Investigating the enhancing effect of music on autobiographical memory in mild Alzheimer’s disease. Dementia and geriatric cognitive disorders, 22, 108-120.

(3) Balbag, M.A., Pedersen, N.L., Gatz, M. (2014). Playing a musical instrument as a protective factor against dementia and cognitive impairment: a population-based twin study. International Journal of Alzheimer’s Disease.

(4) Skoe, E., Kraus, N. (2012). A little goes a long way: how the adult brain is shaped by musical training in childhood. Journal of Neuroscience. 32(34), 11507-11510

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